Le test du pH urinaire et salivaire : un autre stratagème pour vous vendre quelque chose
Certains « nutritionnistes » et autres praticiens marginaux utilisent un test urinaire et salivaire dénué de sens comme base pour évaluer la santé d'une personne et lui prescrire des suppléments alimentaires censés la…
Dr Stephen Barrett
Certains « nutritionnistes » et autres praticiens marginaux utilisent un test urinaire et salivaire dénué de sens comme base pour évaluer la santé d'une personne et lui prescrire des suppléments alimentaires censés la corriger. Le promoteur moderne le plus en vue de ce test a été Gary Martin, qui, durant les années 1980, dirigeait l'American College of Nutripathy, une école par correspondance non accréditée qui décernait des « diplômes » en nutrition. L'une des brochures de l'école décrivait la nutripathie comme « la condensation de la quasi-totalité des techniques de guérison naturelle et de counseling offertes aujourd'hui [...] les éléments de base distillés de littéralement des centaines de thérapies et techniques différentes ».
Martin prétendait que les tests nutripathiques pouvaient détecter des « déséquilibres qui, s'ils sont laissés à eux-mêmes, doivent ultimement se manifester sous une forme ou une autre de processus pathologique » et « découvrir la cause profonde de la maladie alors qu'elle est encore à un stade prédiagnosticable ».
Le plus notable de ces tests est le test urinaire et salivaire mis au point il y a plus de 50 ans par Carey Reams (1910-1985), un biophysicien autoproclamé qui a été poursuivi durant les années 1970 pour exercice illégal de la médecine. Reams, qui prétendait également être guidé par Dieu, a conçu « une formule mathématique pour la santé parfaite, fondée sur les fréquences biophysiques de la matière vivante ». La formule, que Martin appelait « votre portrait nutripathique » ou « votre profil nutripathique », ressemble à ceci :
1.5 6.4 / 6.4 7 1 3 / 3
Selon le livre de Martin, Nutripathy: The Final Solution to Your Health Dilemma, les trois premiers chiffres représentent les sucres excrétés dans l'urine et l'acidité (pH) de l'urine et de la salive, et indiquent le niveau de votre « apport énergétique ». Les autres chiffres, censés représenter votre « indice de sels minéraux, indice de débris urinaires et indice des nitrates d'azote par rapport aux azotes ammoniacaux », indiquent la quantité d'énergie que consomme votre métabolisme. « Un faible apport énergétique combiné à une forte perte d'énergie », affirme le livre, « signifie dégénérescence, pourriture, décomposition et mort ». Pour corriger ces prétendus problèmes, Martin et ses adeptes proposaient une grande variété de suppléments. Le texte intégral d'une édition légèrement modifiée, intitulée Nutripathy: A Natural Solution to your Health Dilemma, est accessible en ligne.
Le test de Reams et tout l'attirail qui l'accompagne relèvent du pur non-sens. Le sang et la plupart des tissus du corps ont un pH d'environ 7,4, ce qui est légèrement alcalin. Le pH sanguin est maintenu dans une plage étroite par des mécanismes homéostatiques qui font intervenir le sang, les reins et les poumons. La plupart des états pathologiques n'affectent pas significativement le pH sanguin. Ceux qui le font, comme l'insuffisance respiratoire et l'acidocétose diabétique, seraient diagnostiqués par des analyses sanguines, et non par la salive ou l'urine. L'alimentation peut modifier le pH de l'urine, ce qui peut être important pour prévenir les calculs rénaux. Le pH du sang, toutefois, demeurera dans sa plage étroite. Les tests salivaires ne mesurent que le pH de la bouche, qui est influencé par l'alimentation et ne reflète ni le pH ni l'état de santé du reste du corps. Pour toutes ces raisons, il est absurde d'utiliser le pH salivaire comme base pour recommander des régimes ou des suppléments alimentaires.
Pendant de nombreuses années, Martin a exercé sous le nom de Health Watchers System. Parmi ses « diplômés » figurent :
- Michael Biamonte, Ph.D., qui dirige le Biamonte Center for Clinical Nutrition à New York. Pendant de nombreuses années, son site Web affirmait qu'il avait mis au point des « programmes nutritionnels pour le VIH et le cancer qui pourraient devenir l'une des découvertes les plus importantes du siècle ».
- Lawrence Borawski, naturopathe, de Coral Springs, en Floride, qui donne des conférences sur la nutrition et commercialise des produits qu'il prétend capables de faire perdre du poids à leurs utilisateurs.
- R. Dale Comeaux, CBP, NLM, LMT, massothérapeute de la Louisiane qui incluait dans la liste de ses titres une formation en iridologie, en reiki et en « analyse nutritionnelle du sang ».
- Sal D'Onofrio, DN, DD, qui dirige Health Guardians à Redondo Beach, en Californie. Il appelle son test urinaire et salivaire « Nutri Energy Systems Analysis » et affirme qu'il détermine l'« efficacité digestive ». À la fin des années 1990, D'Onofrio est apparu dans une publicité de magazine pour un produit à base de plantes de « nettoyage intestinal » appelé UnDo, dont il affirmait qu'il aiderait les personnes « souffrant de mauvaise digestion et d'élimination déficiente, de fatigue, de raideurs articulaires, de sautes d'humeur et de peau terne ». La publicité le présentait comme le « Dr Sal D'Onofrio » et le montrait vêtu d'un sarrau blanc, un stéthoscope autour du cou.
- Larry DiSantis, CN, qui a fondé et dirige la New Eden School of Natural Health & Herbal Studies. Auparavant, il a été représentant technique de Now Food, pasteur dans une église de la région de Chicago, où il enseignait une « approche de santé globale », ainsi que conseiller en nutrition dans une clinique italienne et dans un magasin d'aliments naturels américain.
- Chip Huge, Ph.D., qui donnait du coaching en « santé naturelle et bien-être » à Bend, en Oregon.
- Stephen Huer, qui exerçait à Cupertino, en Californie, était « superviseur » d'Alchemy Ministries, aussi appelé Cocoon Nutrition. Son site Web contenait un formulaire de « consentement éclairé » exigeant des clients qu'ils acceptent que a) « les échantillons d'urine et de salive ne servent qu'à des fins de recherche » et b) ils ne poursuivraient jamais Heuer en justice.
- Rita M. Holgers-Awana, naturopathe, de Lombard, en Illinois, dont le curriculum vitæ en ligne indique qu'elle a pratiqué l'électrodiagnostic (avec un appareil Dermatron) pendant de nombreuses années et qu'elle a été vice-présidente de l'American Society of Dowsers.
- Joanna Jarvis, BS, CNC, qui pratique la nutrition et l'ayurveda à Santa Cruz, en Californie.
- Gregory A. Kreutzer, DN, concepteur de la « Bio-Energy Metabolic Efficiency Analysis » et fondateur de Natural Health Resources. En 1999, son site Web affirmait qu'il existait 3 000 testeurs d'urine dans le monde et qu'ils pouvaient gagner jusqu'à 1 000 $ US par jour.
- Julie Keegan, qui pratiquait l'acupuncture et la médecine orientale à Clinton, dans l'État de Washington.
- Dr Donald Mantell, qui dirigeait la Wholistic Health Clinic à Sarver, en Pennsylvanie, aurait obtenu un baccalauréat et une maîtrise au début des années 1980.
- Jan Noble, DN, MScM, qui dirige le Holistic Life Institute of Learning et l'Academy for Reiki Masters Training, à Modesto, en Californie. Son titre de « MScM » provient de la University of Metaphysical Sciences, à Studio City, en Californie. Dans un courriel qu'elle m'a fait parvenir, elle a déclaré : « Mes études à l'American College of Nutripathy portaient uniquement sur la nutrition. Je n'ai pas étudié la matière sur l'urine et la salive (ce n'était pas obligatoire), seulement le volet autodidacte de l'école, qui offrait une formation en nutrition, en chimie alimentaire, en supplémentation, en jardinage biologique, en réflexologie, en élixirs floraux, en homéopathie et en exercice. »
- Marcelle Shane, qui dirigeait German House Reflexology à Sarnia, en Ontario (Canada). Son site Web proposait de la réflexologie, du reiki et une « analyse de l'immunité biologique ».
- Patricia A. Starr, CN, qui exerce à titre de « nutritionniste » à Hotchkiss, au Colorado.
| Nutritional Resources, de Warsaw, en Indiana, propose une « trousse de base pour le test de Reams » à 290 $ US, dont elle affirme qu'elle « est capable de déterminer jusqu'à 2 600 problèmes de santé différents en analysant les déséquilibres chimiques, digestifs et nutritionnels de l'organisme ». | ![]() |
Le test urinaire et salivaire est souvent désigné sous le nom de test RBTI. (RBTI signifie Reams Biological Theory of Ionization, soit la théorie biologique de l'ionisation de Reams.) Le site Web A Gathering of RBTI, exploité par Rex Harrill, offre un historique supplémentaire, des commentaires sur les tenants de cette théorie et des descriptions de variantes du test.
Cet article a été révisé le 8 novembre 2016.
