Essor et déclin de la Société médicale pour la population et de Charles Inlander
La Société médicale pour la population (People's Medical Society, ou PMS), dont le siège se trouvait à Allentown, en Pennsylvanie, a été lancée en 1983 dans le but annoncé d'aider les gens à devenir de meilleurs…
Dr Stephen Barrett
La Société médicale pour la population (People's Medical Society, ou PMS), dont le siège se trouvait à Allentown, en Pennsylvanie, a été lancée en 1983 dans le but annoncé d'aider les gens à devenir de meilleurs consommateurs de soins médicaux [1]. Elle est née dans l'esprit de feu Robert Rodale, président du conseil d'administration de Rodale Press et éditeur du magazine Prevention. En 1982, celui-ci avait publié une série d'éditoriaux critiquant l'establishment médical et promettant « une campagne populaire qui allait renverser le système médical américain ». En 1983, Rodale Press a fourni les fonds de démarrage et embauché Charles K. Inlander comme directeur général. En 1986, Inlander a pris le titre de président, et Robert Rodale a cessé d'assumer la présidence du conseil d'administration de la PMS.
Au fil des ans, la PMS a énuméré les objectifs suivants :
- Mettre entre les mains des gens ordinaires des renseignements jusque-là inaccessibles, afin qu'ils puissent prendre des décisions éclairées au sujet de leurs propres soins de santé.
- Publier des renseignements conçus pour faire de chaque Américain un consommateur de soins de santé averti.
- Enquêter sur les cas d'arrogance, d'incompétence et de cupidité dans la médecine organisée, et les dénoncer.
- Protéger la liberté de choisir des fournisseurs de soins de santé alternatifs.
- Faire de la prévention des maladies la priorité absolue de la médecine américaine.
- Œuvrer à la création, aux États-Unis, d'un système de soins de santé abordable, humain et centré sur les besoins des gens.
Bien que certains de ces objectifs semblaient louables, une grande partie de ses conseils n'étaient pas fiables — à un point tel que Rodale Press a mis fin à son affiliation à la fin des années 1980. La PMS a cessé de fonctionner comme organisme à adhésion en 2002, mais Inlander a continué à obtenir de la publicité laissant croire que l'organisme était toujours actif [2].
La promotion de méthodes non scientifiques
La PMS a produit de nombreux livres, brochures, listes de lecture et autres rapports spéciaux. Certains contiennent des renseignements utiles, mais d'autres font la promotion de méthodes non scientifiques ou les présentent comme équivalentes aux méthodes scientifiques. Par exemple :
- Ses listes de lecture, préparées durant les années 1980 avec le Planetree Health Resource Center, incluaient des publications non scientifiques aux côtés d'ouvrages sérieux. Par exemple, la bibliographie sur l'arthrite comprenait un livre affirmant que les allergies alimentaires sont une cause majeure d'arthrite; la bibliographie sur le cancer en comprenait un vantant les diètes macrobiotiques; et la bibliographie sur la nutrition comprenait plusieurs livres non scientifiques.
- Sa brochure « Options in Health Care » faisait la promotion, sans esprit critique, des théories et pratiques non scientifiques de l'acupuncture, de l'acupression, de la médecine traditionnelle chinoise, de la chiropratique, de l'homéopathie, de l'hydrothérapie, de la thérapie métabolique, de la naturopathie, de la thérapie orthomoléculaire, de la guérison psychique et de la réflexologie.
- Son livre de 1991, Getting the Most for Your Health-Care Dollar, mentionnait ces pratiques sans la moindre indication qu'il s'agissait d'un gaspillage d'argent.
- Son rapport « Deregulating Doctoring » suggérait que les praticiens non orthodoxes soient autorisés à exercer avec un encadrement gouvernemental minimal.
- Son bulletin sur les options de traitement du cancer incluait, dans sa liste de sources d'information, des promoteurs de méthodes charlatanesques contre le cancer.
- Son bulletin sur le choix d'un médecin contenait le conseil douteux selon lequel obtenir un diplôme lié à la santé par correspondance « n'implique pas en soi une formation inférieure ».
- Son rapport spécial sur l'hypertension artérielle contenait des conseils judicieux, mais laissait faussement entendre que les méthodes « alternatives » avaient beaucoup à offrir pour ce problème.
- Son livre de 1995, The Consumers Medical Desk Reference, affirmait que de nombreuses thérapies alternatives contre le cancer, « plutôt que de traiter les symptômes du cancer — la tumeur [...], cherchent à en traiter la cause, qu'il s'agisse d'une mauvaise santé physique ou d'un mal-être spirituel ». Ce point de vue est pure sottise.
- Son livre de 1997, The Parent's Complete Guide to Ear Infections, contient quatre pages recommandant l'usage de produits homéopathiques, même si l'auteure reconnaît que « malheureusement [...] aucune étude randomisée contrôlée n'a jamais démontré que l'un d'entre eux était plus efficace qu'un placebo ». Le livre appuie également l'usage des cônes auriculaires, qui ne sont ni sûrs ni efficaces.
- Son livre de 1997, Complete Book of Complementary Therapies, était rempli de conseils non étayés.
- Son bulletin, publié aux deux mois jusqu'en 2002, contenait parfois des suggestions utiles, mais la majeure partie de ses renseignements étaient orientés pour encourager les membres à se méfier des praticiens fondés sur la science et à les considérer comme des adversaires.
Activités politiques
Durant les années 1980, la PMS encourageait ses membres à écrire aux législateurs et à d'autres représentants. Certaines campagnes portaient sur des lois antifraude en santé (auxquelles la PMS s'opposait), le financement de l'agriculture biologique (qu'elle appuyait), l'octroi de permis aux nutritionnistes (auquel elle s'opposait) et l'irradiation des aliments (à laquelle elle s'opposait aussi). Au cours des dernières années, je n'ai vu aucune campagne de lettres, mais l'avis de renouvellement de cotisation de 1999 affirmait :
La PMS vous donne plus de poids. La PMS monte au front pour ses membres et pour tous les consommateurs de soins de santé lorsque le gouvernement menace de restreindre vos droits en matière de soins médicaux. Nous avons interpellé le Congrès et ses comités, le département de la Santé et des Services sociaux, la Food and Drug Administration, l'Environmental Protection Agency et bien d'autres organismes gouvernementaux pour protéger vos droits et votre portefeuille.
Documents du comité consultatif
En 1986, l'un des conseillers de la PMS, mécontent de certaines activités d'Inlander, m'a fait parvenir un ensemble des rapports que le comité avait reçus durant ses trois premières années. Dans une lettre accompagnant ce dossier épais de deux pouces, le membre affirmait que « le comité consultatif est une farce et ne s'est jamais réuni ».
Les documents les plus intéressants du dossier avaient été rédigés par Tom Belford, un consultant en communication qui est plus tard devenu trésorier de la PMS. Dans un mémo de 1985, il recommandait de présenter la PMS comme « indépendante, combative, prête et capable de soulever un tollé public contre l'AMA » (l'American Medical Association, l'association professionnelle des médecins américains) et ce qu'il appelait « sa protection des praticiens incompétents et dangereux ». Il recommandait aussi de dépeindre l'AMA comme « une guilde déterminée à protéger les siens, même face à l'incompétence et aux mauvais traitements envers les patients », et de formuler des propositions législatives « tellement empreintes de bon sens que s'y opposer reviendrait à imposer des praticiens dangereux au public ». Il ne fait aucun doute que l'AMA cherche à protéger ses membres de diverses façons, mais je n'ai vu aucune preuve qu'elle cautionne l'incompétence ou les mauvais traitements envers les patients.
Le dossier contenait aussi un ensemble complet des rapports mensuels qu'Inlander avait envoyés au conseil d'administration de la PMS. Le rapport que j'ai trouvé le plus intéressant avait été publié en juillet 1986. Inlander avait assisté à une réunion de l'American Trial Lawyers Association (ATLA), l'association américaine des avocats plaidants, où des représentants de plus de 100 groupes de « consommateurs et de victimes » avaient discuté de la création d'un réseau visant notamment à « combattre les réformes de la responsabilité civile qui n'étaient pas dans l'intérêt des consommateurs et des droits des victimes ». À la suite de cette réunion, selon Inlander, un comité avait été formé pour créer une « People's Justice Alliance » — qu'il avait proposé de faire d'un projet de la PMS — et il avait été élu président. Dans son rapport d'août 1986, Inlander affirmait que la PMS avait reçu une subvention de 5 000 $ US pour appuyer ce projet, versée par le Civil Justice Trust, « une nouvelle fondation créée par l'American Trial Lawyers Association ». Autrement dit, l'ATLA avait engendré un organisme dont les objectifs incluaient l'opposition aux tentatives législatives visant à freiner l'explosion des coûts de l'assurance responsabilité médicale, avec Inlander à sa tête. En 1993, un rapport de la PMS sur l'histoire de l'organisme mentionnait que 40 groupes s'étaient joints à l'alliance, mais je n'ai vu cette information mentionnée nulle part ailleurs.
Pensant que cela pourrait intéresser les médecins, j'en ai fait part au magazine Medical Economics. Au cours de l'entrevue qui a suivi, Inlander a appris que le journaliste possédait une copie du rapport du conseil de juillet. Dans son rapport de septembre, Inlander a mis en garde le conseil de faire attention à qui il transmettait des copies de son rapport — plaisantant sur le fait que Medical Economics et l'AMA lisaient probablement ce qu'il écrivait. En octobre, toutefois, il a annoncé que le conseil d'administration de la PMS avait aboli le comité consultatif.
De faux chiffres d'adhésion?
Le matériel publicitaire décrivait la PMS comme « le plus grand organisme de défense des consommateurs en santé en Amérique », dirigé « par le peuple » et « pour le peuple ». Or, ni ses dirigeants ni les membres de son conseil d'administration n'étaient élus, et ses activités et politiques semblaient déterminées uniquement par Inlander. À diverses reprises, les publications de la PMS et des reportages de presse ont fait état de 80 000 membres, de 120 000 membres [2], de 125 000 membres, de « 150 000 sympathisants », et de 125 000 « donateurs et membres ». En 1992, lors d'un témoignage contre l'octroi de permis aux nutritionnistes en Pennsylvanie, Inlander a affirmé devant un comité législatif que, depuis 1983, plus de 200 000 personnes avaient été membres de son organisme. Or, les déclarations fiscales de la PMS ne confirment pas de tels chiffres. En 1994, lorsque j'ai relevé cet écart pour la première fois, le formulaire fédéral 990 de la PMS indiquait des revenus de cotisations de 209 231 $ US. Comme l'adhésion coûtait 20 $ US par année, cela correspondait à environ 10 500 membres. Les formulaires 990 de l'organisme pour les années 1995 à 2003 n'indiquaient aucun revenu de cotisations. Cependant, un état financier soumis avec le formulaire californien CT-2 de 1998 indiquait des revenus de cotisations de 148 664 $ US pour 1997 et de 152 523 $ US pour 1998, ce qui correspondrait à environ 7 500 membres.
Un soutien en déclin
Les publications de la PMS décrivaient Charles Inlander comme « le principal défenseur de la santé en Amérique », « le plus grand défenseur des consommateurs en santé en Amérique », et ainsi de suite. La PMS elle-même semble aujourd'hui inactive. Elle n'a publié aucun nouveau livre depuis 1998; son site Web n'a pas été mis à jour depuis novembre 2002; et, depuis 2000, ses revenus provenant de toutes les sources ont chuté fortement. Ses déclarations fiscales (formulaire 990) indiquent ce qui suit :
| Année | Dons et subventions | Publications | Droits électroniques | Revenu total de la PMS | Rémunération d'Inlander |
|---|---|---|---|---|---|
| 1994 | 349 520 $ US | 1 200 701 $ US | 1 750 598 $ US | 128 633 $ US | |
| 1995 | 535 841 $ US | 1 955 224 $ US | |||
| 1996 | 477 167 $ US | 1 960 292 $ US | |||
| 1997 | 232 749 $ US | 1 457 251 $ US | 1 698 498 $ US | ||
| 1998 | 233 578 $ US | 789 847 $ US | 1 030 683 $ US | 150 867 $ US | |
| 1999 | 180 179 $ US | 391 557 $ US | 293 972 $ US | 866 562 $ US | 137 793 $ US |
| 2000 | 72 406 $ US | 857 974 $ US | 1 019 346 $ US | 142 500 $ US | |
| 2001 | 86 753 $ US | 70 253 $ US | 65 500 $ US | 234 975 $ US | 110 618 $ US |
| 2002 | 23 965 $ US | 91 372 $ US | 48 000 $ US | 164 407 $ US | |
| 2003 | 34 485 $ US | 59 617 $ US | 36 000 $ US | ||
| 2004 | 14 509 $ US |
En 2006, un journal local a signalé que la PMS avait cessé de renouveler les adhésions après 2001, avait fermé son bureau en 2002, et n'avait plus ni membres, ni employés, ni conseil d'administration actif [1]. Malgré ces faits, son site Web continuait de décrire la PMS comme « le plus grand organisme de défense des consommateurs de soins médicaux aux États-Unis ». [3]
En 2010, l'Internal Revenue Service (IRS), l'agence fédérale américaine du revenu, a révoqué le statut d'exonération fiscale fédérale de la PMS pour ne pas avoir produit de déclaration ou d'avis annuel auprès de l'IRS pendant trois années consécutives.
Références
- Wlazelek A. Consumer group is down to its last man. The Morning Call, Aug 23, 2006.
- Patient safety: Little leaps. Healthleaders magazine, June 2003.
- About the society. People’s Medical Society Web site, accessed Aug 23, 2006.
Cet article a été révisé le 17 juin 2011.