Aller au contenu
Les Sceptiques du Québec
Recherche Contact
Devenir membre
Quackwatch en français

Homéopathie : nouvelle science ou Nouvel Âge ?

L'homéopathie existe depuis environ 200 ans, pourtant des reportages dans les médias ont laissé entendre qu'elle serait la médecine de l'avenir.

L'homéopathie existe depuis environ 200 ans, pourtant des reportages dans les médias ont laissé entendre qu'elle serait la médecine de l'avenir. Aujourd'hui, on trouve l'homéopathie dans presque tous les pays. En Europe, l'homéopathie est utilisée par 40 % des médecins français, 40 % des médecins néerlandais, 37 % des médecins britanniques et 20 % des médecins allemands [1]. Aux États-Unis, des centaines de milliers de personnes prennent des remèdes homéopathiques chaque année. En effet, l'homéopathie semble gagner en popularité.

Contexte historique

Samuel Hahnemann, médecin allemand, a mis au point l'homéopathie vers 1796. Il était insatisfait de la médecine classique de son époque. Les remèdes médicaux alors reconnus étaient souvent dangereux pour le patient. On disait à la blague que plus de gens mouraient du traitement médical que de la maladie elle-même.

Hahnemann a posé deux principes fondateurs de son homéopathie. D'abord, il a affirmé que « le semblable guérit le semblable » (Similia similibus curentur). Cela signifiait qu'une substance produisant certains symptômes chez une personne en santé pouvait être utilisée pour guérir des symptômes semblables chez une personne malade.

Ensuite, Hahnemann a soutenu que des doses de plus en plus petites du remède seraient encore plus efficaces. (D'une certaine façon, c'était peut-être une bonne idée, puisque certains des remèdes de Hahnemann étaient toxiques.) Hahnemann a donc utilisé des dilutions de plus en plus extrêmes de ses remèdes. Dans un procédé qu'il a nommé la « dynamisation », Hahnemann prenait une substance naturelle d'origine et la diluait souvent dans une proportion de 1 pour 99 (appelée « C1 »). Une seconde dilution de 1 pour 99 était appelée « C2 ». Entre chaque dilution, le remède devait être vigoureusement secoué. Cette agitation, ou succussion, était censée libérer l'énergie curative du remède. Cette énergie curative n'a jamais été définie ni mesurée de façon adéquate.

Hahnemann jugeait les dilutions C30 tout à fait efficaces. Pour lui, ces très hautes dilutions ne posaient aucun problème. Il ne croyait pas aux atomes et pensait que la matière pouvait être divisée indéfiniment. Aujourd'hui, nous savons que toute dilution supérieure à C12 ne contient probablement plus une seule molécule du remède. Hahnemann diluait parfois une substance dans une proportion de 1 pour 9 (appelée « D1 »). Dans ce cas, toute dilution de D24 ou plus ne contiendrait probablement, elle non plus, aucune molécule du remède.

Remèdes utilisés

L'homéopathie prétend n'utiliser que des substances « naturelles », une façon de se démarquer de la médecine classique. Par exemple, les remèdes homéopathiques comprennent des testicules crus de bovin, des abeilles domestiques broyées (Apis mellifica), la belladone, le cadmium, le soufre, la noix vomique (Nux vomica), la grande ciguë (Conium), la silice (Silicea), l'aconit (Aconite), le sel (Natrium mur), l'arnica des montagnes (Arnica), le venin du serpent Bushmaster (Lachesis), l'arsenic (Arsenicum album), la cantharide (Cantharis), le venin de crotale (Crotalus horridus), l'ipéca (Ipecacuanha), le lait de chienne (Lac caninum), le sumac vénéneux (Rhus toxicodendron), et bien d'autres. Certaines de ces substances sont tout à fait inoffensives, mais d'autres peuvent être toxiques (surtout aux dilutions D4 et moins).

Comment Hahnemann savait-il qu'un remède convenait à une maladie donnée (en fait, à un symptôme donné)? Hahnemann et ses élèves testaient les remèdes sur eux-mêmes. Ils ingéraient diverses substances végétales, animales et minérales et observaient attentivement les symptômes qui en résultaient. C'est ce qu'on appelle une « expérimentation pathogénétique » (proving). Ces réactions (ou symptômes) étaient ensuite consignés dans un ouvrage, la Materia Medica. Par exemple, l'un des symptômes de Pulsatilla (l'anémone pulsatille) est : « Un message désagréable le rend profondément triste et déprimé après 20 heures. » Pendant ces expérimentations, les sujets savaient quelle substance ils prenaient. C'est un problème, car on peut alors anticiper une certaine réaction ou exagérer un symptôme.

Aujourd'hui, en science moderne, on essaie de prévenir ce biais en empêchant la personne de savoir ce qu'elle prend — une procédure « à l'insu du sujet ». Lors de l'évaluation des symptômes, il importe aussi que le chercheur ignore quel remède est testé (une procédure à double insu), car le chercheur lui aussi peut être biaisé.

Une étude allemande récente [2] a comparé un remède (Belladonna C30) à un placebo. Les personnes ayant reçu le placebo ont rapporté encore plus de symptômes que celles ayant reçu le remède. Les symptômes rapportés comprenaient des douleurs mineures dans diverses parties du corps. Le patient a-t-il présumé à tort qu'une douleur normale devait être liée au remède? Il est possible que la douleur ait été le résultat d'un facteur confondant, comme un manque de sommeil.

Comme on peut le voir, l'homéopathie ne s'intéresse pas à la maladie. Elle se concentre sur les symptômes rapportés par le patient. L'homéopathie fait ensuite correspondre ces symptômes à ceux qu'un remède provoque chez une personne en santé. À l'inverse, la biomédecine scientifique utilise les symptômes pour déterminer la maladie, puis traite la maladie elle-même.

Recherche

Deux points de vue s'opposent au sujet de l'homéopathie. Le premier soutient que l'homéopathie ne devrait pas chercher à satisfaire aux exigences rigoureuses de la médecine scientifique. Il suffit qu'il y ait eu des millions de patients satisfaits au cours des 200 dernières années. La science ne serait de toute façon pas pertinente, puisqu'elle rejette le concept de l'énergie de la « force vitale », essentielle à l'homéopathie. Cette force vitale est identique au concept de vitalisme — une notion primitive utilisée pour expliquer la santé et la maladie. De plus, la médecine scientifique serait injustement préjugée et biaisée contre l'homéopathie. Dana Ullman [3], porte-parole de premier plan de l'homéopathie américaine, affirme que l'expérience personnelle est beaucoup plus convaincante que n'importe quelle expérimentation. Cette insistance sur l'expérience personnelle montre que la plupart des gens ne comprennent tout simplement pas que la bonne science, fondée sur l'expérimentation, est essentielle au développement des connaissances.

Le second point de vue est que la recherche scientifique est nécessaire pour que l'homéopathie soit acceptée par la médecine et la société. Au cours des 15 dernières années, de nombreuses études expérimentales ont examiné les remèdes homéopathiques. Deux revues de la littérature sur l'homéopathie sont peut-être les mieux connues.

J. Kleinjen, P. Knipschild et G. ter Riet [4] ont examiné 107 essais cliniques contrôlés sur l'homéopathie. Ils ont conclu que les données n'étaient pas suffisantes pour appuyer les allégations de l'homéopathie. C. Hill et F. Doyon [5] ont examiné 40 autres études cliniques. Ils ont eux aussi conclu qu'il n'existait aucune preuve acceptable de l'efficacité de l'homéopathie. Depuis la publication de ces deux revues, quatre autres études de recherche ont paru.

En 1992, le traitement homéopathique des verrues plantaires (sur les pieds) a été étudié [6]. Le traitement homéopathique ne s'est pas révélé plus efficace qu'un placebo.

Un rapport publié en mai 1994 a étudié le traitement homéopathique de la diarrhée chez des enfants vivant au Nicaragua [7]. Au troisième jour du traitement, le groupe homéopathique présentait une selle non formée de moins que le groupe témoin (3,1 contre 2,1; p < 0,05). Cependant, des critiques [8] ont fait remarquer que non seulement les enfants les plus malades avaient été exclus, mais qu'il n'y avait aucune différence significative aux jours 1, 2, 4 ou 5. Cela porte à croire que la conclusion n'était pas valide. De plus, rien ne garantissait que le remède homéopathique n'était pas altéré (contaminé). Enfin, aucun remède classique reconnu pour arrêter la diarrhée n'a été utilisé à des fins de comparaison.

En novembre 1994, un rapport de recherche a examiné les effets des remèdes homéopathiques chez des enfants souffrant d'infections des voies respiratoires supérieures (comme le rhume) [9]. Quatre-vingt-quatre enfants ont reçu le placebo, et 86 ont reçu des remèdes homéopathiques individualisés. Les chercheurs ont conclu que les remèdes n'apportaient aucune amélioration des symptômes ni des infections.

En décembre 1994, une quatrième étude a examiné le traitement homéopathique de l'asthme allergique en Écosse [10]. Les 13 patients ayant reçu le remède homéopathique ont rapporté se sentir mieux et respirer plus facilement que les 15 patients ayant reçu le placebo. Les chercheurs ont ensuite combiné ces données avec celles de plusieurs expériences antérieures. Ils ont conclu qu'en général, l'homéopathie n'est pas un simple effet placebo et qu'elle est reproductible.

Toutefois, il y avait trop peu de patients pour permettre une analyse significative. Ensuite, les témoignages personnels de mieux-être ne sont pas fiables. Si un patient se sent mieux, est-ce la preuve qu'il guérit de son mal? Il existe de nombreuses maladies dans lesquelles le patient se sent bien alors qu'il est en fait assez malade. Ce qu'il faut, ce sont plusieurs mesures physiologiques rigoureuses de l'amélioration. Enfin, il n'est pas approprié de combiner cette petite étude avec des études antérieures portant sur un trouble différent.

La plus récente étude, menée en Norvège [11], a examiné le soulagement de la douleur après une extraction dentaire ou une chirurgie buccale, à l'aide de remèdes homéopathiques ou de placebos. Quatorze des 24 sujets étaient des étudiants en homéopathie, et 2 des 5 auteurs étaient homéopathes. On peut affirmer sans crainte que la motivation à voir l'homéopathie réussir était forte. Pourtant, aucune preuve positive n'a été trouvée en faveur de l'homéopathie, que ce soit pour le soulagement de la douleur ou de l'inflammation des tissus.

Le lecteur pourrait se demander pourquoi on accorde tant d'attention à la recherche scientifique alors que les partisans de l'homéopathie rejettent la pertinence des essais cliniques pour établir sa validité. Or, ces mêmes personnes affirment aussi que la revue de 1991 et les études du Nicaragua et de l'Écosse prouvent que l'homéopathie fonctionne réellement. Il importe de comprendre que toutes les recherches qui semblent appuyer l'homéopathie comportent de graves lacunes. La seule conclusion justifiée à l'heure actuelle est que la recherche n'a pas démontré de façon concluante que les remèdes homéopathiques sont efficaces.

Plaidoyer homéopathique

Que répondre à quelqu'un qui affirme avoir pris un remède et que ça a fonctionné? La plupart des gens ne réalisent pas qu'avec le temps, la plupart des affections s'améliorent même si on ne fait rien. Comme le dit l'expression : « Un rhume se guérit en 14 longs jours sans traitement, mais en seulement deux courtes semaines avec des médicaments. » Un médecin avisé dira de ne pas s'inquiéter, que le médicament n'aidera pas beaucoup. (En passant, a-t-on déjà entendu un homéopathe dire à un patient qu'il n'a pas à s'inquiéter et que la maladie disparaîtra d'elle-même?) Quand quelqu'un affirme que le remède homéopathique l'a guéri, on peut demander : « Aurait-on guéri tout aussi vite si on n'avait rien fait? »

Un autre facteur à considérer est l'« effet placebo ». Cela signifie que si les gens « croient » être bien traités, ils se perçoivent comme guérissant plus rapidement. Des recherches récentes montrent que jusqu'à 70 % des patients médicaux ou chirurgicaux rapportent de bons résultats avec des techniques que l'on sait aujourd'hui inefficaces [12]. (Au moment du traitement, le patient comme le médecin étaient convaincus de son efficacité.)

Depuis 1842, les homéopathes soutiennent que l'argument du placebo n'est pas pertinent, puisque les enfants et les animaux sont eux aussi soulagés par les remèdes homéopathiques. Or, les enfants et les animaux réagissent à la suggestion lorsque les chercheurs, et souvent les parents ou les propriétaires d'animaux, savent qu'un remède a été administré.

Les partisans affirment aussi que le traitement homéopathique ne comporte aucun risque. Ils soutiennent que les remèdes ultra-dilués sont plus sûrs et moins coûteux que la plupart des médicaments d'ordonnance. Or, on a d'abord montré que plusieurs remèdes homéopathiques contre l'asthme étaient en fait contaminés par d'importantes quantités de stéroïdes artificiels. Ensuite, certains remèdes contiennent bel et bien des quantités mesurables de la substance active. Si un patient prend 4 comprimés par jour de mercure (D4), il reçoit une dose potentiellement toxique. Et une dose de cadmium D6 dépasse les limites sécuritaires. Enfin, une dose de D6 ou moins d'Aristoloche contient des quantités importantes de cette plante cancérigène. On ne peut donc pas affirmer facilement et hâtivement que les remèdes homéopathiques sont toujours sans danger.

Il existe un risque supplémentaire à recourir à un traitement homéopathique. Si une personne est malade et a besoin de soins médicaux immédiats, tout délai peut avoir de graves conséquences. C'est le risque que présentent tous les soins de médecine parallèle.

Les défenseurs de l'homéopathie affirment souvent que l'usage de remèdes dilués s'apparente à la vaccination. Après tout, les vaccins utilisent eux aussi des substances très diluées. Là encore, l'homéopathie cherche à se donner une crédibilité en montrant que la médecine classique utilise des procédés semblables. Cette comparaison est trompeuse pour plusieurs raisons. D'abord, les vaccins servent à prévenir la maladie. Une fois qu'une personne est malade et présente des symptômes, un vaccin ne sert plus à rien. Le remède homéopathique, lui, n'est administré qu'une fois la personne déjà malade. Les vaccins utilisent des micro-organismes affaiblis, semblables ou identiques à l'agent pathogène, alors que l'homéopathie s'intéresse à des symptômes semblables à ceux de la maladie. Enfin, de nombreux remèdes homéopathiques utilisent des dilutions D24 ou C12 où il ne reste plus aucune trace de la substance. Les vaccins, eux, doivent contenir une quantité mesurable du micro-organisme ou de sa protéine.

D'étranges compagnons de route

On peut parfois en apprendre beaucoup sur un sujet en examinant à qui ou à quoi il est associé. Durant ses cent premières années, l'homéopathie a été étroitement associée à de nombreuses pseudosciences, dont le mesmérisme et la phrénologie. Aux États-Unis, plusieurs des premiers homéopathes appartenaient au culte mystique du swedenborgianisme.

Malheureusement, cela n'a pas changé aujourd'hui. Particulièrement aux États-Unis, la chiropraxie (thérapie de manipulation vertébrale) et la kinésiologie appliquée utilisent des remèdes homéopathiques. De nombreux homéopathes ont recours à l'iridologie, à la réflexologie, à la radiesthésie et à l'électrodiagnostic. Aucune de ces méthodes n'a de validité scientifique. Aux États-Unis, pour en apprendre davantage sur l'homéopathie, le meilleur endroit où aller est n'importe quelle librairie ou lieu de rencontre du mouvement Nouvel Âge.

L'homéopathie est aussi liée au mouvement Nouvel Âge par l'importance qu'elle accorde à une énergie mystique (appelée la « force vitale ») qui, bien que non quantifiable, imprégnerait tout l'univers et serait responsable de la guérison. Fritjof Capra et Deepak Chopra affirment que les mystères de la physique quantique appuient ce concept d'« énergie curative ». Mais Victor Stenger [13] a montré que toute la physique moderne (y compris la physique quantique) demeure matérialiste et réductionniste, et n'offre aucun appui à cette énergie mystérieuse censée être présente dans les remèdes homéopathiques dynamisés à des dilutions de C12 ou plus.

L'homéopathie est-elle du charlatanisme ?

Aux États-Unis, on a un dicton : « Si ça marche comme un canard, si ça a l'air d'un canard et si ça fait le bruit d'un canard, c'est probablement un canard. » Dans quelle mesure l'homéopathie a-t-elle l'air et le comportement du charlatanisme?

L'un des liens évidents entre l'homéopathie et le charlatanisme est le recours de ses partisans à une logique erronée. Le premier exemple est ce qu'on appelle l'argument de l'« épreuve du temps » — le fait que l'homéopathie existe depuis longtemps prouverait sa validité. Mais la longévité ne garantit pas la validité. L'astrologie, la numérologie et la radiesthésie existent elles aussi depuis longtemps, et ce sont pourtant des exemples manifestes de pseudoscience. La longévité d'une idée ne remplace jamais une science rigoureuse.

Le deuxième argument veut que, puisque beaucoup de gens ont essayé les remèdes homéopathiques et en sont tous satisfaits, l'homéopathie doit être légitime. Dans le même ordre d'idées, on nous rappelle que les personnalités célèbres et importantes suivantes auraient toutes appuyé l'homéopathie : la famille royale britannique, Johann Wolfgang Goethe, le Mahatma Gandhi, Mère Teresa, Mark Twain, O. J. Simpson, Yehudi Menuhin, Angela Lansbury et Mary Baker Eddy (fondatrice de la Science chrétienne). Les Chinois ont un dicton voulant que si mille personnes disent une sottise, cela reste une sottise. De même, un vote majoritaire ne remplace pas une bonne science. De plus, on n'entend généralement parler que des succès, tandis que les échecs sont commodément oubliés ou ignorés.

Un troisième argument est le « non sequitur ». Typiquement, l'illuminé dira : « On s'est moqué de Galilée, et il avait raison. Aujourd'hui, on se moque de moi; donc je dois avoir raison. » (En réalité, on ne s'est pas moqué de Galilée. Il a plutôt été persécuté parce qu'il manquait de la foi chrétienne appropriée pour accepter le dogme correct.) Les homéopathes affirment que tout au long de l'histoire, de nombreux grands génies se sont rebellés contre la sagesse dominante, et que beaucoup d'entre eux ont finalement été reconnus comme ayant eu raison. Paracelse, William Harvey, Louis Pasteur et Joseph Lister ont été réhabilités par l'histoire. Par conséquent, soutient-on, Samuel Hahnemann et l'homéopathie finiront eux aussi par être reconnus comme ayant raison. Mais cet argument oublie que beaucoup plus de gens qui se prétendaient des génies ont été rejetés à juste titre.

Dans un esprit d'équité, on pourrait être tenté d'accorder à l'homéopathie le bénéfice du doute et de simplement conclure « pas encore prouvée ». Mais que faire alors quand de nombreux praticiens profanes rapportent que le simple fait d'écrire le nom du remède sur un bout de papier et de le déposer sur le corps du patient entraîne une « guérison »? Même deux porte-parole nationaux respectés n'ont pas voulu rejeter ces témoignages, et l'un d'eux a suggéré que la physique quantique pourrait un jour expliquer ces guérisons, tout comme celles rapportées par des patients à qui le remède a été prescrit par téléphone.

On doit conclure que l'homéopathie a certainement tout l'air du charlatanisme.

L'homéopathie aux États-Unis

Avant 1920, l'homéopathie était extrêmement populaire aux États-Unis. Il existait de nombreux hôpitaux et collèges de médecine homéopathiques. Mais la médecine classique a ensuite établi des normes plus rigoureuses pour la formation des étudiants. De plus, la pharmacologie et la découverte de nombreux médicaments utiles se sont développées à la même époque. Aujourd'hui, aux États-Unis, seulement environ 500 des plus de 600 000 médecins utilisent des remèdes homéopathiques.

Cependant, de nombreux scientifiques s'inquiètent de la popularité croissante de l'homéopathie. Aujourd'hui, presque n'importe qui peut acheter des remèdes homéopathiques sans ordonnance. C'est qu'en 1938, un homéopathe qui était aussi un politicien influent (le Dr Royal Copeland) a réussi à faire adopter une loi exemptant les remèdes homéopathiques de toute réglementation sur les médicaments. Les remèdes homéopathiques n'ont donc pas à prouver leur efficacité, contrairement à tous les autres médicaments. De plus, de nombreuses personnes sans permis ni formation peuvent administrer des remèdes homéopathiques à quiconque en demande. Des entreprises homéopathiques allemandes et françaises reconnaissent toutes deux l'important marché potentiel américain pour leurs remèdes. Les ventes de remèdes augmentent de 30 % par année, et la plupart des remèdes sont vendus dans des magasins Nouvel Âge et des magasins d'aliments naturels apparentés. Il n'existe donc aucun contrôle sur la qualité du traitement homéopathique reçu par les patients, ni sur la qualité ou la pureté des remèdes.

Pourquoi les gens acceptent-ils l'homéopathie ?

Il y a peut-être en réalité deux questions distinctes ici. La première concerne le mouvement Nouvel Âge en général. La seconde concerne de nombreuses médecines parallèles, y compris l'homéopathie.

Pourquoi les gens lisent-ils leur horoscope? Pourquoi croient-ils à la bonne ou à la mauvaise chance? Pourquoi demandent-ils l'aide d'un sourcier? Pourquoi consultent-ils des diseuses de bonne aventure? Les gens qui font ces choses veulent connaître l'avenir, éviter l'incertitude et reprendre le contrôle de leur vie. Pour beaucoup, l'incertitude de la vie est insupportable. Ces gens veulent des explications qu'ils peuvent comprendre. La science moderne est devenue si complexe que beaucoup de gens s'en détournent par frustration. Il est regrettable que la plupart des gens, partout dans le monde, ne comprennent pas ce qu'est la science ni ce qu'elle fait. Par exemple, combien de gens peuvent expliquer pourquoi il fait plus chaud en été qu'en hiver? (Seulement 2 des 23 récents diplômés de Harvard interrogés ont pu mentionner l'inclinaison de l'axe terrestre [14].) Ou combien comprennent les idées de base de l'évolution biologique? Un sondage de la National Science Foundation mené en mai 1996 a révélé que 48 % des adultes américains croyaient que les humains et les dinosaures avaient coexisté, et que seulement 47 % savaient que la Terre met un an à faire le tour du Soleil. Cet analphabétisme scientifique, attribuable en partie aux lacunes de nos systèmes d'éducation, facilite le succès de la pseudoscience et de la superstition.

Pourquoi les gens se tournent-ils vers l'homéopathie et d'autres médecines « parallèles »? Beaucoup sont insatisfaits de la médecine classique. Ils se méfient des médecins susceptibles de prescrire des médicaments coûteux ou une chirurgie douloureuse. Souvent, les médecins ne trouvent rien d'anormal chez le patient. Ou bien ils lui disent que seul le temps guérira son mal. Et, bien sûr, les médecins ne peuvent souvent pas passer beaucoup de temps à parler avec un patient, car ils doivent en voir trop d'autres dans une même journée. Si le médecin ne trouve rien d'anormal, cela peut offenser le patient, car cela laisse entendre que la cause est psychosomatique. Le patient qui veut guérir, et guérir immédiatement, est contrarié lorsque le médecin lui dit que seul le temps réglera le problème. Le patient peut aussi être mécontent si le médecin ne lui prescrit aucun médicament.

Une première consultation chez un homéopathe peut souvent durer plus d'une heure. Les patients sont encouragés à parler de tous leurs soucis, préoccupations et douleurs. On peut leur demander s'ils préfèrent les oranges ou les pommes, quel genre de musique ils aiment, ou s'ils dorment sur le dos ou sur le côté.

L'homéopathe explique ensuite au patient que, puisqu'il est un individu unique, le remède sera lui aussi individualisé, conçu pour lui seul. L'homéopathie séduit ainsi autant le patient que le praticien. Le patient et l'homéopathe deviennent des partenaires dans la lutte contre la maladie. L'homéopathe est perçu comme un soignant attentionné et empathique.

Conclusions

On doit conclure que, selon tous les critères objectifs, rationnels et médicaux, l'homéopathie n'est pas parvenue à établir sa crédibilité scientifique. Elle ne s'est pas débarrassée des nombreuses caractéristiques de la pseudoscience et du charlatanisme. Comment la médecine classique, la science et les patients peuvent-ils répondre à ce défi?

Il faut d'abord reconnaître le problème de l'analphabétisme scientifique. Par exemple, si les gens comprenaient mieux l'influence de la suggestion et de l'effet placebo, l'attrait de l'homéopathie pourrait diminuer.

Les gens éclairés peuvent encourager les autres à développer leur esprit critique. Des affirmations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires. Un miracle est par définition une violation des lois de la nature. Une guérison miraculeuse n'en est probablement pas une. Si quelque chose semble trop beau pour être vrai, c'est probablement que ça ne l'est pas. Nous devons exiger que les allégations de diagnostic et de guérison soient appuyées par de bonnes preuves. Pour paraphraser un autre dicton américain : « Il suffit, pour que le charlatanisme triomphe, que les gens intelligents ne fassent rien. »

Références

  1. Fisher P, Ward A. Complementary medicine in Europe. BMJ. 1994; 309: 107-111.
  2. Wallach H. Does a highly diluted homeopathic drug act as a placebo in health volunteers? Experimental study of Belladonna 30C in double-blind crossover design — a pilot study. J Psychosom Res. 1993; 37(8): 851-860.
  3. Ullman D. Discovering Homeopathy: Medicine for the 21st Century. rev. ed. Berkeley, CA: North Atlantic Books; 1991.
  4. Kleinjen J, Knipschild P, ter Reit G. Clinical trials of homeopathy. BMJ. 1991; 302: 316-323.
  5. Hill C, Doyon F. Review of randomized trials of homeopathy. Rev Epidem et Sante Publ. 1990; 38: 139-147.
  6. Labrecque M, Audet D, Latulippe LG, Drouin J. Homeopathic treatment of planter warts. Can Med Assoc J. 1992; 146 (10): 1749-1753.
  7. Jacobs J, Jimenez LM, Gloyd SS, Gale JL, Crothers D. Treatment of acute childhood diarrhea with homeopathic remedies: a randomized clinical trial in Nicaragua. Pediatrics. 1994; 93(5): 719-725.
  8. Sampson W, London W. Analysis of homeopathic treatment of childhood diarrhea. Pediatrics. 1995; 96(5): 961-964.
  9. de Lange de Klerk ESM, Blommers J, Kuik DJ, Bezemer PD, Feenstra L. Effect of homeopathic medicines on daily burden of symptoms in children with recurrent upper respiratory tract infections. BMJ. 1994; 309: 1329-1332.
  10. Reilly D, Taylor MA, Beattie NGM, et al. Is evidence for homeopathy reproducible? Lancet. 1994; 344: 1601-1606.
  11. Lkken P, Straumsheim PA, Tveiten D, Skjelbred P, Borchgrevink CF. Effect of homeopathy on pain and other events after acute trauma: placebo controlled trial with bilateral oral surgery. BMJ. 1995; 310: 1439-1442.
  12. Roberts AH, Kewman DG, Mercier L, and Hovell M. The power of nonspecific effects in healing: implications for psychological and biological treatments. Clin Psychol Rev. 1993; 13: 375-391.
  13. Stenger VJ. The Unconscious Quantum: Metaphysics in Modern Physics and Cosmology. Amherst, NY: Prometheus Books; 1995.
  14. Hanzen RM, Trefil J. Quick! what's a quark? NY Times. January 13, 1991; sec. 6, 24-26.

Cet article a été révisé le 1 mars 2002.