Cette conférence présente les thèses principales du livre Homo Fragilis (Veissière, 2025), un essai critique qui retrace l’histoire de la fragilité comme ressort central de l’évolution humaine. À rebours des récits classiques fondés sur la force, la compétition et la domination, j’avance l’hypothèse que notre espèce s’est constituée avant tout comme un animal vulnérable, façonné par le soin, l’entraide et la transmission culturelle.
Mais cette fragilité, lorsqu’elle est sacralisée, peut se retourner contre nous. Car c’est aussi au nom des faibles et des victimes que les sociétés humaines ont justifié, hier comme aujourd’hui, leurs violences les plus extrêmes. Dans le contexte contemporain, où la souffrance tend à devenir un passeport moral, un étendard identitaire et une arme politique, nous observons l’émergence de nouvelles formes de polarisation, nourries par l’hyperconnectivité numérique et la quête inlassable de reconnaissance.
Cette conférence discutera des implications théoriques et pratiques de ce renversement : comment une qualité évolutive qui a permis notre survie et notre créativité collectives peut, dans certaines conditions sociales et technologiques, contribuer à la fragilisation des sociétés démocratiques.
Référence :
Veissière, S. (2025). Homo Fragilis : Aux origines évolutives de la fragilité humaine. Paris : FYP Éditions.
Le conférencier
Samuel Veissière est anthropologue et clinicien. Spécialiste de l’évolution culturelle, il a consacré ses recherches aux effets de l’hyperconnexion sur la santé mentale, aux dimensions sociales et symboliques de la souffrance, et aux nouvelles formes de fragilité dans les sociétés contemporaines. Depuis la pandémie, ses travaux portent sur la polarisation sociale, les malaises identitaires et les logiques de radicalisation à l’ère numérique. Il est professeur associé au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et au département d’anthropologie de l’Université McGill.